Deux erreurs symétriques circulent. La première consiste à croire que le RGPD interdit la prospection B2B, ce qui est faux et coûte des opportunités. La seconde consiste à croire qu'entre professionnels tout est permis, ce qui est faux aussi et coûte davantage.
Voici ce qui s'applique réellement, avec les textes de la CNIL en référence.
Pourquoi le consentement n'est pas requis
La CNIL reconnaît l'intérêt légitime comme base légale de la prospection vers des professionnels, dès lors que l'objet de la sollicitation est en rapport avec la profession de la personne démarchée.
Ce point est plus restrictif qu'il n'en a l'air. Le critère n'est pas que le destinataire soit un professionnel, c'est que le message concerne son métier. Proposer un logiciel de comptabilité à un directeur financier tient. Lui proposer un séjour ou une offre sans rapport avec sa fonction ne tient pas, même sur son adresse professionnelle.
Les quatre obligations qui s'appliquent
1. Informer dès le premier message
La personne doit savoir qui lui écrit, pourquoi, et d'où viennent ses coordonnées. Quand les données ont été acquises auprès d'un tiers, c'est à vous de vous assurer qu'elle a bien été informée que son adresse pouvait servir à de la prospection, pas au vendeur du fichier.
2. Ouvrir un droit d'opposition simple et gratuit
À chaque sollicitation, pas seulement à la première. Un lien de désinscription qui fonctionne en un clic, et non une adresse à recopier ou un formulaire à remplir.
3. Pouvoir justifier l'origine de chaque donnée
C'est l'obligation la plus négligée, et la plus embarrassante le jour où elle se présente. Si une personne demande d'où vient son adresse, vous devez pouvoir répondre. Sans source identifiée ni date de collecte, cette réponse n'existe pas, et c'est le cas de la plupart des fichiers achetés au volume.
4. Conserver les oppositions, au-delà de la suppression
Supprimer un contact de la base active ne suffit pas : si la même personne réapparaît dans une livraison ultérieure, vous la recontacterez. La CNIL décrit pour cela l'usage d'une liste repoussoir : on conserve le minimum d'informations nécessaires pour reconnaître la personne et l'écarter, précisément pour ne plus la solliciter.
Ce qu'un contrôle vous demanderait
| Ce qu'on vous demande | Ce que vous devez pouvoir montrer |
|---|---|
| Sur quelle base légale prospectez-vous ? | L'intérêt légitime, documenté, avec le lien au métier visé |
| D'où vient cette adresse ? | La source et la date de collecte ou de vérification |
| Comment informez-vous les personnes ? | Le texte réellement envoyé au premier contact |
| Comment traitez-vous les oppositions ? | Le registre, et la preuve qu'il est appliqué avant chaque envoi |
| Combien de temps conservez-vous ? | Une durée définie, et le mécanisme de suppression |
Aucune de ces questions ne porte sur le consentement. Toutes portent sur votre capacité à documenter. C'est pourquoi le choix du fournisseur de données est une décision de conformité autant qu'une décision commerciale.
Le vendeur du fichier n'endosse pas votre responsabilité. C'est vous qui envoyez, donc c'est vous qui répondez.
Louca Bilquez, fondateur de NovarichLes trois réflexes qui suffisent
- Exiger la source et la date pour chaque contact livré. Sans ces deux colonnes, vous ne pourrez répondre à aucune demande d'accès.
- Tenir un registre des oppositions, et l'appliquer avant chaque livraison. Pas après l'envoi : avant.
- Conserver le texte d'information envoyé au premier contact. C'est la pièce qu'on vous demandera en premier, et celle que personne ne garde.
Où en êtes-vous ?
Une question, celle qui pose problème le plus souvent.
Cet article reprend les fiches publiques de la CNIL citées en sources, consultées en septembre 2026, et non une interprétation maison. Nous ne sommes ni avocats ni conseils en conformité : pour une situation particulière, notamment sur les durées de conservation ou un traitement à grande échelle, adressez-vous à un professionnel du droit. Les pratiques décrites en fin d'article sont celles que nous appliquons à nos propres livraisons.
Des bases dont l'origine se documente
Sources publiques officielles identifiées, date de vérification par donnée, et votre liste d'opposition appliquée avant chaque livraison.

